Le monde du tokusatsu est en deuil. Kenji Oba, l’homme qui a
donné ses traits, son énergie débordante et son regard d’acier au légendaire
X-Or (Gavan en version originale), s’est éteint à l’âge de 72 ans. Avec lui,
c’est une page monumentale de l’histoire de la télévision japonaise et une
icône de la pop culture mondiale qui s’en va. Plus qu’un simple acteur en
costume, Oba était l’âme d’une révolution visuelle qui a marqué les années
1980, de Tokyo à Paris.
De l’ombre des cascades à la
lumière des projecteurs
Né Kenji Takahashi en 1955 dans la préfecture d’Ehime,
rien ne prédestinait ce jeune homme athlétique à devenir une idole
internationale, si ce n’est une détermination hors du commun. Très tôt, il
rejoint la Japan Action Club (JAC),
l’école d’élite fondée par la légende Sonny Chiba. C’est là, dans la sueur et
la rigueur des entraînements d’arts martiaux, qu’il forge son style: un mélange
d’agilité féline et de puissance brute.
Avant de prêter son visage aux héros, Oba a longtemps
été l’homme de l’ombre. Il a fait ses armes en tant que «suit actor »
(doublure en costume), notamment dans les séries Super Sentai. Cette expérience
s’est avérée cruciale: elle lui a appris à exprimer une émotion par le
mouvement, même sous un masque de plastique. Son talent est tel qu’il finit par
obtenir des rôles à visage découvert, comme dans Battle Fever J ou Denziman, avant que le destin ne
frappe à sa porte sous la forme d’une armure de chrome.
1982 : La révolution X-Or
En 1982, la Toei lance un projet risqué: Uchuu Keiji Gavan (X-Or). Le
concept rompt avec les codes établis. Fini les équipes de cinq héros colorés,
place à un justicier solitaire venu de l’espace pour protéger la Terre de
l’organisation Makuu. Pour incarner ce Shérif de l’Espace, il fallait un acteur
capable de tenir l’écran seul, mais aussi d’assurer lui-même une grande partie
de ses cascades.
Kenji Oba fut ce choix providentiel. Son
interprétation de Boltes (Retsu Ichijouji) apporte une humanité rare au genre.
Entre deux combats chorégraphiés à la perfection, il insuffle au personnage une
vulnérabilité et un sens du devoir qui résonnent immédiatement auprès du
public. Mais c’est surtout sa gestuelle qui entre dans la légende. Qui n’a pas
tenté, dans la cour de récréation, de reproduire le geste de «Transmutation»,
exécuté par Oba en une fraction de seconde avec une précision millimétrée?
Podium News

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